
Synopsis
du livre
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English
La banqueroute intégrale de lAlgérie
depuis lindépendance nous pousse à une analyse plus critique de la guerre
dAlgérie de 1954 à 1962. Cest là que réside le ferment de la dictature et
de la sauvagerie qui sévissent dans lAlgérie daujourdhui. En imputer
encore la responsabilité au « colonialisme » français est une manière déviter daller au
fond des problèmes et détablir les culpabilités car, bien que les réactionnaires
se soient opposés à toute réforme, le système colonial était déjà en déconfiture
dès 1958.
Ce serait une autre dérobade que dattribuer la violence en Algérie
au caractère national et à lhéritage culturel propres aux Algériens. Il est
certain que les faits peuvent favoriser cette interprétation. La violence ne relève pas
dun déterminisme culturel et nest le patrimoine daucune société. La
violence est dans notre humanité. Ce sont des circonstances particulières qui la font
exploser et simposer à une société sous une forme ou une autre.
La révolution algérienne était basée sur des principes démocratiques,
définis par les maquisards de la première heure en août 1956. Hormis la partie
propagande de ce document, tous ces principes sont énoncés dans la Plate-forme de la
Soummam. Le FLN originel navait aucune affinité avec les sociétés communistes
dalors ni avec les autocraties féodales et militaires corrompues du monde arabe.
Quest-il arrivé au sein du FLN pendant la
guerre qui a conduit lAlgérie indépendante à cette faillite matérielle, sociale,
politique et morale ?
Le but de ce livre est dapporter des
éclaircissements sur la défaite de la démocratie du FLN originel et la marche sanglante
des extrémistes vers la prise des pouvoirs. Complots,
coups détat , purges, assassinats, massacres,
terrorisme aveugle et torture en composaient larsenal.
Un an à peine après le déclenchement de la révolution algérienne, jai rejoint le maquis FLN et, jusquà
lindépendance, jai vécu les grands événements de lAlgérie en guerre.
Je fus acteur ou témoin des nombreuses épreuves qui ont
pesé sur le déroulement du conflit algérien.
De 1955 à 1960, je fus : combattant dans diverses unités FLN, Secrétaire de Postes
de commandement, Commissaire Politique et Officier des Renseignements et Liaisons.
Jai contribué à la création, au développement et à lorganisation de la Wilaya 4 (Algérois). Des six Wilayas de
lorganigramme révolutionnaire, la Wilaya 4 était
le pivot autour duquel la guerre dAlgérie évoluait. Avec la Wilaya 3 (Kabylie), elles ont été les seules régions où les officiers, quelquait été leur grade, vivaient avec le
peuple et se sont battus sur le terrain avec leurs hommes, du début jusquà la fin de la guerre
dAlgérie.
Sous le leadership du colonel Si
MHamed, la Wilaya 4 devint la Wilaya modèle de la révolution algérienne. Elle fut le centre de tous les événements et
dénouements qui ont transformé
lAlgérie et la France.
Durant les « purges
» FLN, initiées par le
colonel Amirouche en Wilaya 3 (Kabylie), je fus appréhendé et mis à la disposition du SCICE
[1], acronyme dun véritable dispositif à torturer et à anéantir les soi-disant « traîtres
intellectuels francisés » en majorité de jeunes étudiants montés au maquis durant la grève des étudiants et la « bataille dAlger ». Jai connu lenfer de la torture; mon supplice
commença le 19 avril 1960.
Le 6 mai 1960, et après plus de deux semaines de
torture, je réussis à mévader et à rallier une base militaire française.
Jai choisi, volontairement, de continuer la
lutte armée contre un FLN qui ne représentait
plus ni lintérêt
du peuple algérien ni la révolution telle quelle était
conçue par les révolutionnaires
de la première heure, définie et sanctionnée par la
Plate-forme de la Soummam [2]. Les dirigeants FLN de lintérieur nétaient plus que des
pantins sous le contrôle absolu dun groupuscule
dextrémistes surnommés les « planqués [1][3]»,
cantonnés soit au Maroc, soit en Tunisie. La course au pouvoir
était devenue le seul critère «révolutionnaire». Le
pouvoir à nimporte quel prix, par
nimporte quel moyen et par lélimination de tout ce qui restait fidèle à
lobjectif initial de la révolution algérienne.
Cest lors
dune opération militaire que javais proposée
quAbdelatif, capitaine dune zone FLN, est fait
prisonnier le 7 mai 1960. Javais été officier des services de renseignement dans
son équipe. Ce fut le début de la fameuse « Affaire
Si Salah [4]».
Mon évasion dun des centres de torture FLN,
coïncidait avec la période où je devais faire mon service
militaire dans larmée française. Je fus donc admis à
lEcole Militaire de Cherchell doù je sortis
sous-lieutenant. Jai alors choisi de servir dans le commando régimentaire du 6e Régiment
dInfanterie qui se trouvait dans la région où javais été torturé et où le SCICE faisait encore des
ravages.
En 1962, il ne faisait
aucun doute que lAlgérie allait être livrée à la faction extrémiste du FLN Je rejoignis lOAS en mars 1962. LOAS était encore sous le contrôle
dofficiers français dont je partageais en grande
partie les objectifs quant à lavenir de lAlgérie. Malheureusement, ces officiers furent, à leur tour, débordés par laile extrémiste de
lorganisation à laquelle ils appartenaient avec les conséquences que nous connaissons. Mes activités dans lOAS se
limitèrent au maquis mort-né de lOuarsenis.
Fait prisonnier le 1er avril 1962, je fus
transféré en France, condamné le 18 janvier
1963 par un tribunal militaire et emprisonné dans les établissements pénitentiaires
de la Santé, Fresnes et Rouen.
Je fus fut amnistié le 29 janvier 1965.
Mon périple
pénitentiaire prend fin. Je quitte définitivement la France en juin 1965. Je
mexpatrie aux Etats-Unis où je poursuis mes études et fait carrière dans des
entreprises privées. Je finis cette carrière comme cadre supérieur (vice président)
dans une compagnie multinationale américaine et fonde une agence conseil globale pour le développement des marchés internationaux.
La description du livre:
« Jai
été fellagha, officier français et déserteur du FLN à lOAS » est
un témoignage exclusif et vécu par lauteur, du
maquis FLN au maquis OAS en passant par larmée française.
Cest un témoignage sur les événements qui ont façonné lévolution de la guerre
dAlgérie; sur les authentiques occasions de paix ratées; sur les figures
admirables, trop peu, et les apprentis sorciers, trop nombreux, de tout bord.
Cest aussi lhistoire dun combat
sans pitié pour le contrôle des peuples, algérien et européen, et celle de
nombreux faux prophètes, chacun ayant sa «
bonne
» solution définitive, son idéologie et sa méthode
expéditive qui se lancèrent à la conquête des hommes et des esprits. Ces meneurs
trouvèrent un champ fertile à leurs propagandes: deux populations dune inculture
politique pathétique et
dune absence totale de culture démocratique. Les
deux communautés sétaient laissé ballotter dun espoir utopique à un
désespoir abyssimal jusquà perdre tout sens de la réalité la plus élémentaire.
Le bilan de ce combat chimérique sera lourd de
conséquences, espoirs déçus, haines inexpiables, exactions inhumaines de part et
dautre et finira par dresser les deux communautés lune contre lautre
dans la haine et la vengeance. Le paroxysme de cette haine entre les populations
algérienne et européenne sera atteint à lindépendance de lAlgérie.
Tueries aveugles de « lArabe » et politique de la
«
terre
brûlée
» par le reliquat de lOAS, enlèvements et massacres de Pieds-Noirs et de Harkis par le
FLN.
Je ne développe pas dans
ce livre une chronologie complète des
événements ni un historique de la guerre dAlgérie. Lobjet de ce livre est
de faire connaître : les épisodes marquants qui
avaient influé sur laboutissement tragique de la
guerre ; lexistence dune démocratie en wilaya 4, sa destruction et le
processus de la prise de pouvoirs par les extrémistes du FLN ; et les moments
tragiques de la guerre civile entre Algériens. Je révèle lorigine et le
déroulement de l« Affaire Si Salah »
dont je fus à la fois acteur et témoin. La vérité sur cette affaire a été
transformée par des versions plus souvent gouvernées par le sens quon voulait
avoir de lhistoire que par les faits eux-mêmes. Depuis lindépendance de
lAlgérie, chroniqueurs et historiens ont échafaudé tout un corps de « détails
» dont il est presque impossible de se débarrasser
quand on évoque cet événement. LAffaire Si Salah avait pris cette ampleur, et
était devenue le grand événement de la guerre dAlgérie, parce quelle
était intimement liée à la « trahison » (du
moins selon « son » opposition) du général
Charles De Gaulle. Jexposerai le ravage qua subi le peuple algérien à la
suite du contrôle des populations, de la « guerre psychologique », de la torture
et des liquidations des deux bords-.
Démocratie en Wilaya 4
La wilaya de lAlgérois avait enfanté
une « démocratie dans lAlgérie en guerre, un mouvement révolutionnaire à
la recherche dune paix négociée au lieu dune victoire par les armes, et un
grand nombre daffaires dont celle de l«
Affaire Si Salah. »
Les objectifs fondamentaux des révolutionnaires
algériens, sanctionnés par la Plate-forme de la Soummam en 1956, étaient de libérer
lAlgérie du système colonial au nom du peuple algérien et détablir des
structures adéquates pour la création dune Algérie nouvelle, basée sur des
principes démocratiques (collégialité), ceci en
sappuyant sur laction armée étant donné que toute démarche politique et pacifique dans ce sens avait été étouffée dans luf dès 1945.
La mort au combat de Si MHamed et
léchec de l« Affaire Si Salah » sonnèrent
le glas de cette
«
unique » et seule expérience démocratique en Algérie.
Les tentatives de destruction de la démocratie en
Wilaya 4 furent nombreuses. La destruction systématique de tout potentiel « interlocuteur valable » réel
était un objectif commun que partageaient les autorités françaises et les extrémistes
du FLN, pour des raisons différentes.
Cette
situation fut aggravée par lacharnement des autorités françaises à imposer une « troisième force » (des
Algériens non FLN ) qui, en réalité ne représentait quelle-même et ses propres
intérêts.
La Wilaya 4 était lexemple, sur le terrain,
de ce que lAlgérie aurait pu être.
La prise des pouvoirs par les extrémistes du
FLN
La
prise des pouvoirs par les extrémistes changea la face de la
révolution algérienne et instaura, à lindépendance de lAlgérie,
une dictature militaire des plus violentes et des plus corrompues que lhistoire
moderne ait jamais connue. Le peuple algérien paie encore un prix très élevé en sang
et en liberté.
Cette prise des pouvoirs par ces extrémistes (à noter que la plupart de ces officiers, et
leurs troupes, ne sétaient jamais battus en
Algérie), fut progressive et sanglante. Les complots, « coups détat » et assassinats, qui avaient commencé dès le début de la
révolution, et sétaient intensifiés durant toute la guerre, continuèrent bien
après lindépendance de lAlgérie et jusquà nos jours.
Leur rupture avec
la Plate-forme de la Soummam qui donnait la « primauté
au civil sur le militaire », base fondamentale de
toute démocratie, sest accélérée dès le départ dAlger vers les pays frontaliers des dirigeants de la révolution
naissante et lassassinat de Abbane Ramdane, architecte de la Plate-forme de la
Soummam.
Le contrôle des populations et la « guerre
psychologique »
Guerre subversive, contre-guérilla, action
psychologique
tout le bréviaire révolutionnaire et contre-révolutionnaire fut couramment utilisé dans cette guerre
innommable. Malgré la mise en avant de la théorie de la guerre révolutionnaire et tous
les simplismes et demi-vérités importés des camps vietminh, la guerre dAlgérie
fut une guerre à dominante sociologique, dont les populations étaient lenjeu. Tous
avaient pour but le contrôle exclusif des populations.
Pour les autorités françaises, si « le révolutionnaire est dans le
peuple comme un poisson dans leau », pour latteindre il fallait dabord assainir leau.
Il fallait commencer par détruire les cellules
terroristes urbaines, ce fut la « bataille dAlger », puis le FLN là où il se trouve ce qui signifiait dautres petites « batailles dAlger » à travers toute lAlgérie. Puis,
il fallait vider la plus grande partie du territoire de sa population pour asphyxier le révolutionnaire ; les populations déplacées furent parquées dans des centres de regroupement et leurs villages, terres,
montagnes
devinrent des zones interdites.
Et
dans cette guerre appelé officiellement « maintien de
lordre », le révolutionnaire algérien était acculé au statut de
hors-la-loi, de terroriste, de criminel, il était tout sauf un soldat. Par conséquent, tous les moyens de répression étaient bons pour sa destruction, et celle de ses complices. Les moyens « non-militaires »
devenaient légitimes et étaient connus des hautes instances françaises.
Quant au FLN
dorigine, le peuple algérien était sa raison
dêtre. Cest en son nom que la révolution avait été entreprise. Cest en son sein que le FLN
puise son armée, sa vitalité et sa survie. Sans lappui du peuple le FLN cessait
dexister.
Par conséquent, une lutte sans merci fut engagée pour le contrôle de la population
algérienne. Les uns voulaient la libérer, les autres la sauver. Tout était
bon pour arriver à ses fins. On persuadait, on menaçait, on déplaçait des populations entières, on
torturait, on violait, on mutilait, on liquidait
des exactions de toutes sortes et
de toutes parts. Rien nétait interdit à ce combat implacable, dans ce carnage démentiel.
La torture et les liquidations
La torture et les liquidations furent pratiquées
à une large échelle. Elles furent pratiquées par tous les
participants et bien avant, et après, la « bataille dAlger ». La torture et les liquidations étaient devenues tout simplement les
armes dune guerre où la fin justifiait les moyens.
La torture navait
pas seulement pour but darrêter les poseurs de bombes pour les uns, de parer au
noyautage de lorganisation FLN pour les autres ; elle nétait pas
seulement utilisée en cas « dextrême urgence ». Cétait une méthode de renseignement et dintimidation
institutionnalisée, employée dune manière routinière et ses victimes étaient,
dans la plupart des cas, destinées à une exécution sommaire.
Jai été témoin
de tortures, la torture sest faite sous mon commandement et jai été
torturé.
Pour le FLN la torture
fut aussi le prélude à des épurations, des liquidations, des exécutions discrètes et
des tueries en masse. La torture et lassassinat étaient devenues la
procédure courante de règlement des conflits, non seulement contre des organisations
adversaires, mais à lintérieur du FLN même. Pour les extrémistes et les « marsiens [5]», aujourdhui
au pouvoir, le peuple algérien na donc jamais été quun matériel humain
disponible pour leurs ambitions, chair à canon ou à matraques, que lon envoyait se
faire massacrer, et quon a massacré directement par la suite.
Aujourdhui
encore dans lAlgérie du FLN, la seule institution qui marche bien depuis
lindépendance est la torture, complétée par lassassinat.
Notes
[1]
Service de Contre Infiltration et de Contre Espionnage
[2]
Une Constitution de la révolution algérienne rédigée par les
révolutionnaires de la première heure, en 1956
[3]
Nom que les révolutionnaires algériens donnaient à lA.L.N./F.L.N. des frontières
au Maroc et en Tunisie
[4]
Du nom de Salah, alors colonel de la wilaya 4 et qui mènera à la rencontre avec de
Gaulle à lElysée pour négocier son offre sur lautodétermination
[5]
Nom donné par les révolutionnaires algériens aux sous-officiers et officiers algériens
de larmée française pour sêtre ralliés aux planqués
après la signature le 18 mars 1962 des accords dEvian et donc après le
cessez-le-feu en Algérie. Ils sont devenus des combattants nationalistes alors
quils navaient rien fait pendant toute la guerre.
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