| Historiquement,
le terrorisme est avant tout une tactique, un instrument de (ou un substitut à) la
guérilla qui démultiplie le sentiment dinsécurité par limpact social de
lacte violent terroriste (FLN en Algérie, ETA en Espagne, IRA en Irlande
). Le
terrorisme se veut avant tout une stratégie de la déstabilisation. Leffet de
terreur est précisément celui qui est prioritairement recherché par les terroristes.
Lobjectif
premier de celui qui utilise la violence terroriste est de se faire reconnaître comme un
acteur stratégique et, à terme, politique. Le terrorisme coutumier avait pour objectif
la contestation violente dune situation politique jugée intolérable. La démarche
est rationnelle et lassassinat nest quun moyen de faire connaître
certaines revendications. Le terrorisme de décolonisation et de libération appartient à
cette catégorie. Désormais, on est sorti de la logique des groupes structurés à
revendication explicite pour voir apparaître une nouvelle génération de terroristes
transnationaux aux mots dordre génériques et universels. La « totalité » du
message du nouveau terroriste supprime le message ancien que convoyait lattentat
entre lEtat et le terroriste. Celui-ci peut donc frapper de façon massive
puisquil nattend pas une réponse tangible de ladversaire, telle que
lindépendance. Il sagit alors dune guerre sans merci qui a été
déclarée par un groupe de personnes déterminé à tout ce qui ne coïncide pas avec
leurs valeurs.
Lextrême
violence des actions terroristes aveugles contemporaines confirme le sentiment de leur
totale irrationalité, résultat dune vision du monde totalitaire et rejetant le
multiculturalisme et les droits et libertés les plus fondamentales. Cette forme de
terrorisme pose les premiers jalons dune nouvelle forme de conflits pour le XXIe
siècle.
Le
terrorisme trouve souvent son terreau dans la pauvreté, les injustices, le désespoir et
les inégalités difficilement supportables qui rendent la vie sociale particulièrement
explosive. Le terrorisme actuel est, de surcroît, exaspéré par la confusion entre les
pouvoirs politique et spirituel dans les pays islamiques et le vivier établi à
léchelle planétaire par les extrémistes salafistes et wahhabistes dans les
mosquées, les madrasas, les associations caritatives qui prêchent lidentitarisme
islamique et la rupture avec les autres cultures. Dans ces conditions, la religion devient
le lien nécessaire de solidarité. La mosquée devient un endroit de contestation des
régimes installés au pouvoir depuis les indépendances, de la mondialisation et de
limmigration musulmane en Occident. On voit ainsi apparaître de nouveaux groupes
dont la plupart se réfèrent à une conception dévoyée de lIslam plus proche de
la secte apocalyptique que des mouvements contestataires et politiques. Le terroriste
devient alors un fanatique, un serviteur de Dieu, qui nattend despérance que
de lautre monde. Al Qaida et ses acolytes apparaissent ainsi comme des groupuscules
très dangereux, non parce quils seraient lexpression ultime dune lutte
des civilisations mais parce que ce sont des mouvements marginaux, nihilistes,
psychotiques et sectaires.
En
fait, la sécurité nationale américaine rejette explicitement lidée que la guerre
contre le terrorisme serait un choc des civilisations : « Lennemi nest pas
une personne ou un régime politique unique, ni une religion ou une idéologie unique.
Lennemi est le terrorisme violence préméditée, issue de motivations
politiques, perpétrée envers des innocents. » Président
Georges W. Bush, Maison blanche, 17 septembre 2002 in The National Security Strategy of
the United States of America.
Lassimilation
du terrorisme à la guerre sainte par ces terroristes constitue la phase ultime de la
justification de la violence et place le monde islamique au cur du conflit. De ce
fait, ce radicalisme amplifie le fait que lobjectif final des commanditaires des
attentats est de déstabiliser certains Etats musulmans modérés afin de provoquer un
embrasement généralisé, un affrontement total et sans merci, entre les « vrais
musulmans » et les infidèles (les Etats-Unis et le monde occidental) ainsi que les «
apostats » (plus de 2 milliards de musulmans qui ne partagent pas leur délire) qui leur
sont assimilés.
Le
terrorisme « religieux » est plus dangereux que celui qui revendique des motivations
purement sociales, économiques et politiques. Il est exportable. Il est messianique. Il
renonce à tout dialogue avec lOccident dans un processus de radicalisation violent.
Il déclare une guerre sans limites de temps, despace et dadversaires, avec
des réseaux toujours recomposés. Dans ces conditions, les victoires napparaissent
quavec le temps mais lobjectif primordial dune stratégie de lutte
contre le terrorisme demeure la mise hors détat de nuire dun ennemi largement
déterritorialisé. Des frappes militaires de toute nature (utilisation daéronefs,
de raids de commandos ou dopérations conduites par les services spéciaux)
répondent de façon systématique à ce terrorisme. Dans cette stratégie, la Force
aérienne et spatiale joue un rôle vital : affaiblir ladversaire et le paralyser;
surveiller et localiser les zones ennemies... Le reste, quil sagisse de la
résolution de conflits comme celui du Proche-Orient, de linstauration de régimes
à la fois plus représentatifs et respectueux des règles internationales dans le monde
arabe et islamique, ou du remède à linégalité internationale entre les
sociétés, peut certes être un moyen de mieux atteindre cet objectif essentiel, mais il
lui est subordonné. Une analyse attentive des conditions politiques, économiques et
sociales permettant de déterminer les causes profondes de la violence doit accompagner la
destruction de lécosystème du terrorisme international.
La
stratégie de la lutte contre le terrorisme des Etats-Unis est basée sur
linacceptation dattendre que la menace se concrétise, et sur la capacité de
maîtriser le temps du conflit. La sécurité américaine devient une sécurité
préemptive : « Etant donnés les buts des Etats voyous [rogue states] et des
terroristes, les Etats-Unis ne peuvent plus compter uniquement sur une attitude réactive
comme nous lavons fait par le passé. Lincapacité à dissuader un attaquant
potentiel, limmédiateté des menaces daujourdhui, lampleur du mal
potentiel qui peut être causé par le choix des armes de nos adversaires ne nous laissent
pas le choix ». (National Security Strategy, Maison Blanche, septembre 2002)
Cette
stratégie est essentiellement axée sur lidentification des menaces et leurs
désamorçages avant quelles natteignent les frontières des Etats-Unis. Elle
prévoit lutilisation de tous les outils dont dispose la puissance américaine, à
savoir la diplomatie, léconomie, la répression criminelle, les finances, la
diffusion dinformation, les renseignements et larmée. Cette stratégie compte
également beaucoup dautres composantes clés et sinscrit dans le cadre
dun concept stratégique plus large de «défense en profondeur ».
Dans
le cadre de cette défense en profondeur, la Maison blanche a publié, le 14 février
2003, un document de 30 pages intitulé la « Stratégie nationale de lutte contre le
terrorisme ». Cette stratégie a été mise sur pied afin de compléter dautres
éléments de la National Security Strategy, y compris les sous-stratégies en
matière de sécurité intérieure, darmes de destruction massive, de cyberspace, de
protection des infrastructures à risque et de contrôle de stupéfiants. Elle repose sur
quatre piliers, à savoir le combat, le déni, lamélioration et la défense, quatre
éléments qui doivent être mis en oeuvre simultanément.
Si
la prévention et la force militaire restent des éléments importants, la stratégie
reconnaît que la guerre contre la terreur ne se gagnera pas sur le champ de bataille et
met en exergue une politique forte en insistant sur les éléments garantissant une
politique à long terme tels que la répression criminelle, les campagnes publiques
dinformation et le développement économique. Des versions antérieures de cette
stratégie avaient mis davantage laccent sur la coopération internationale en
matière de répression criminelle.
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