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Edité
par Rémy Mauduit (Madoui)
In English
Résumé
de léditeur : Afin de conserver lavantage asymétrique dont nos systèmes
spatiaux à « forte demande et faible densité » font profiter les guerriers
américains, nous devons développer des directives demploi efficaces et
intelligentes. Après une évaluation de la doctrine spatiale en vigueur à la lumière
des enseignements tirés des opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom, le commandant
Shull offre des suggestions damélioration et délargissement de la doctrine
dopérations spatiales en vigueur. |
Les
récents conflits en Afghanistan et en Irak ont apporté la preuve de lavantage
asymétrique quoffrent les systèmes spatiaux, ainsi que de la contribution
significative de ceux-ci aux forces armées les plus souples, méticuleuses et redoutables
que le monde a jamais connues. Afin de garantir que nos systèmes spatiaux à « forte
demande et faible densité » continueront à nous faire profiter dun avantage
asymétrique, nous devons les employer aussi efficacement et intelligemment que possible
pour satisfaire les besoins des guerriers. Un tel emploi est fondé sur une doctrine
dopérations spatiales bien développée et complète.
Lors
de chaque conflit majeur survenu depuis lopération Desert Storm, les moyens spatiaux ont apporté des
niveaux croissants de soutien aux opérations militaires. Les rapports de commandement
continuent à évoluer pour maximiser la capacité des commandants sur les théâtres
dopérations à intégrer les actions spatiales à leurs campagnes. De la même
façon, la doctrine dopérations spatiales sest élargie et est venue à
maturité en absorbant sans cesse les enseignements tirés et les meilleures méthodes
découvertes à loccasion de tous les conflits successifs. Nous en sommes maintenant
à un point où nous pouvons évaluer notre doctrine spatiale en vigueur à la lumière
des enseignements tirés des opérations Enduring
Freedom et Iraqi Freedom. Comment notre
doctrine dopérations spatiales devrait-elle tirer parti de ces enseignements ? Le
cas échéant, quelle nouvelle doctrine de ce type est-elle nécessaire ? Cet article
examine ces questions et propose une voie damélioration et délargissement de
la doctrine dopérations spatiales. Toutefois, avant daller plus loin, il
convient dexaminer brièvement la doctrine spatiale au niveau opérationnel
existante.
La
doctrine dopérations
spatiales en vigueur
LU.S.
Air Force et la communauté inter-armées ont codifié la doctrine dopérations
spatiales au niveau opérationnel dans le document doctrinal de larmée de
lair (Air Force Doctrine Document, AFDD) 2-2, Space Operations (Opérations
spatiales) et la publication inter-armées (Joint Publication, JP) 3-14, Joint
Doctrine for Space Operations (Doctrine interarmées des opérations spatiales),
respectivement. (Un document plutôt vieilli de lU.S. Army Field Manual (Manuel de campagne) 100-18, Space
Support to Army Operations (Soutien spatial aux opérations de lU.S. Army), 20
juillet 1995nest pas examiné ici.) LAFDD 2-2 et le JP 3-14 sont
similaires en termes de portée comme de contenu.
La
doctrine dopérations spatiales au niveau opérationnel en vigueur de lU.S. Air Force est exposée dans lAFDD 2-2.1
Ce document donne dimportants détails dans les domaines du commandement et du
contrôle (C2) des forces spatiales, ainsi que dans ceux de la planification et
de lexécution des opérations spatiales. Le premier chapitre sert
dintroduction à la contribution des opérations spatiales à la force aérienne et
spatiale, examinant lapplicabilité et la contribution de ces opérations aux
principes de la guerre, les principes de la force aérienne et spatiale, les fonctions de
lU.S. Air Force et le potentiel propre à
celle-ci (connu précédemment sous le nom de moyens de base). Le deuxième chapitre donne
des directives concernant le C2 des forces spatiales à léchelle
planétaire et à celle des théâtres dopérations. Il présente le concept
dun commandant délément aérien et spatial des forces interarmées (JFASCC),
bien que cette entité nait pas reçu le consentement des autres Armes. Les
troisième et quatrième chapitres examinent la planification et lexécution des
opérations spatiales, respectivement. Le chapitre consacré à la planification traite de
la planification dune campagne et met laccent sur le développement du plan
dopérations spatiales de lU.S. Air
Force. Le chapitre consacré à lexécution donne des directives
dexécution des opérations spatiales à léchelle planétaire comme à celle
des théâtre dopérations. Dun intérêt particulier sont les sections qui
traitent de lintégration des moyens spatiaux civils, commerciaux et étrangers aux
opérations et du développement de lordre dattribution des missions
spatiales. Le dernier chapitre traite de lentraînement et de la formation aux
opérations spatiales dans le contexte de la naissance dune classe de guerriers de
lespace. LAFDD 2-2 constitue une solide fondation doctrinale pour les
opérations spatiales de lU.S. Air Force
mais, comme nous le verrons plus loin, il est nécessaire de le mettre à jour pour y
incorporer les enseignements tirés des opérations Enduring
Freedom et Iraqi Freedom.
Le
JP 3-14, qui traite de la doctrine des opérations spatiales interarmées, finit par être
publié en 2002 après largement plus de 10 ans de travail.2 Bien quassez
récent, ce document dut être révisé dès sa parution par suite de la fusion du
commandement stratégique des États-Unis (US
Strategic Command USSTRATCOM) et du commandement spatial des États-Unis (US Space Command USSPACECOM). Divisé en
cinq chapitres complétés par huit annexes, le JP 3-14 inclut des éléments semblables
à ceux des documents correspondants publiés par les autres branches des forces armées.
Le premier chapitre donne un aperçu général des opérations militaires dans
lespace et présente les considérations opérationnelles applicables à
lespace. Le deuxième, qui traite des organisations spatiales et de leurs
responsabilités, doit faire lobjet dune révision substantielle à cause de
la création du nouveau USSTRATCOM. Le troisième chapitre donne des directives en
matière de C2 pour les forces spatiales, en insistant principalement sur les
forces spatiales employées à léchelle planétaire mais en donnant également des
directives limitées en matière de rapports de commandement et de soutien applicables aux
opérations spatiales à léchelle des théâtres dopérations. Le quatrième
examine les opérations militaires dans lespace dans le contexte des principes de la
guerre et des quatre champs de missions spatiales (contrôle, multiplication de force,
soutien et application de force). Le dernier chapitre examine la planification réfléchie
et en cas de crise des opérations spatiales. Les annexes offrent une initiation à
différents sujets, y compris le renseignement, la surveillance et la reconnaissance
(ISR); lévaluation des alertes et attaques tactiques intégrées; le monitorage du
milieu; les communications; la position, la vitesse, le minutage et la navigation; et les
caractéristiques orbitales. Bien que donnant peu de détails dans certains domaines, les
directives que contient le JP 3-14 pour les opérations spatiales interarmées constituent
une bonne introduction pour la communauté interarmées si elle veut se familiariser avec
la contribution de lespace au combat.
Lavenir
2004
promettait dêtre une année exceptionnelle pour la doctrine dopérations
spatiales. LAFDD 2-2.1, Counterspace Operations (Opérations anti-espace), a été publié
en 2004. La mise en place du nouveau USSTRATCOM et lexpérience acquise lors des
opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom ont largement justifié une mise à
jour de la doctrine existante dopérations spatiales interarmées et de celle de
lU.S. Air Force, et a renforcé le besoin dun supplément à la doctrine
spatiale, en particulier pour les opérations anti-espace. On devrait également explorer
toute raison qui pourrait justifier le développement pour lU.S. Air Force
dune nouvelle doctrine spatiale traitant des autres fonctions ou champs de missions
liés à lespace.
Le
nouveau USSTRATCOM
La
fusion du USSPACECOM et du USSTRATCOM pour former le nouveau USSTRATCOM demande
dapporter de nombreux changements à la doctrine dopérations spatiales aussi
bien de lU.S. Air Force quinterarmées. Un certain nombre de ces modifications
sont seulement superficielles, nexigeant rien de plus quun simple «
rechercher et remplacer » pour USSTRATCOM et USSPACECOM mais dautres
sont plus substantielles. Dune importance particulière pour le JP 3-14 est la
transition des équipes de soutien spatial interarmées du USSPACECOM en équipes de
soutien du STRATCOM, qui demande plus quun simple changement de nom. Alors que
léquipe de soutien spatial interarmées apportait un soutien aux opérations
interarmées sur un théâtre, léquipe de soutien du STRATCOM travaille avec toutes
les missions attribuées par le STRATCOM (espace, intervention et ISR à léchelle
planétaire, opérations dinformation et défense antimissile intégrée). Une
inquiétude exprimée soulève la question de linterface de la section espace de
léquipe de soutien du STRATCOM avec lautorité de coordination pour
lespace désignée, en particulier si cette autorité est déléguée à lun
des commandants déléments fonctionnels (par ex., les commandants des éléments
aérien, terrestre ou maritime des forces interarmées), comme cela fut le cas lors de
lopération Iraqi Freedom et de
manuvres importantes ultérieures.
La
fusion USSPACECOM-USSTRATCOM entraîna également des changements apportés à la
structure des éléments des forces armées. Le commandement spatial de larmée de
terre (Army Space Command) devint le
commandement stratégique de larmée de terre (Army Strategic Command) et le commandement
spatial de la marine (Naval Space Command)
fusionna avec le commandement de la guerre navale en réseaux informationnels synergiques
et intégrés (Naval Network Warfare Command). Lélément U.S. Air Force du
USSTRATCOM continue à évoluer, étant confronté à la difficile tâche consistant à
offrir des moyens spatiaux, ICBM, ISR, dopérations dinformation et
dintervention à léchelle planétaire répartis entre deux commandements
principaux (Major Commands MAJCOM) de
lU.S. Air Force (Air Force Space Command et Air Combat Command). La
solution de ce problème consistera probablement à établir un quartier général de
combat, un « STRATAF », qui prélèvera des forces appartenant aux deux MAJCOM pour
exécuter les missions attribuées par le USSTRATCOM. La structure exacte du STRATAF et la
façon dont il affectera les centres dopérations aériennes et spatiales (AOC) de
la quatorzième Air Force restent à déterminer mais cette question devrait être
résolue sous peu. Les sections concernées de lAFDD 2-2 et du JP 3-14 devraient
être mises à jour pour inclure ces nouveaux éléments des forces armées.
Enseignements
concernant lespace tirés des opérations
Enduring Freedom et Iraqi Freedom
Les
récents conflits en Afghanistan et en Irak offrent une excellente occasion
dévaluer lefficacité et lutilité de la doctrine dopérations
spatiales en vigueur lorsquelle est soumise à lépreuve du combat vécu. Les
enseignements tirés de ces conflits lont été dans deux domaines.
Lexpérience montre dabord que la doctrine dopérations spatiales en
vigueur, aussi bien pour lU.S. Air Force
que pour les forces interarmées, nest pas suffisamment détaillée pour ce qui
concerne la coordination et lintégration des forces spatiales en soutien des
opérations sur un théâtre.3 Cela est particulièrement vrai des rôles et
responsabilités associés à lautorité de coordination pour lespace (JP
3-14) et à lofficier supérieur espace (Senior
Space Officer SSO) de lU.S. Air
Force (AFDD 2-2). En second lieu, lutilisation par lIrak du brouillage du
système de positionnement mondial (GPS) révèle une nouvelle réalité de la guerre :
nos adversaires ont compris à quel point les guerriers américains dépendent des
systèmes spatiaux et essayeront de nous empêcher de les utiliser. Cette expérience de
combat renforce le besoin dune doctrine spécialisée dopérations anti-espace
pour lU.S. Air Force.4
Intégration
et coordination du soutien spatial à léchelle dun théâtre
dopérations.
Lorsque lopération Enduring Freedom fut
déclenchée, nous ne disposions daucune doctrine dopérations spatiales
interarmées approuvée pour guider la force interarmées (US Central Command) lors de létablissement
de rapports de commandement pour les forces spatiales. Le commandant des forces
interarmées (joint force commander, JFC) choisit de conserver lautorité sur les
opérations spatiales à léchelle du théâtre. Le manque de directives doctrinales
conduisit à des rapports de commandement loin dêtre optima, ce qui entraîna la
confusion et une répétition inutile des efforts au sein de létat-major du JFC,
des éléments fonctionnels sur le théâtre dopérations et les organisations de
remontée de linformation.5 LU.S. Air Force proposa plus tard une
solution possible, codifiée dans AFDD 2-2, qui consistait à redésigner le JFACC comme
JFASCC, en lui faisant prendre en charge les rôles dautorité de coordination pour
lespace et de commandant soutenu pour les opérations spatiales.6 Cette
proposition fut plutôt mal reçue par les autres Armes, ce qui finit par susciter la
formulation de compromis que lon trouve dans le JP 3-14, qui déclare quun JFC
désignera normalement une seule autorité « pour coordonner les opérations spatiales
interarmées sur le théâtre et intégrer les moyens spatiaux.7 Le JFC
peut conserver lautorité de coordination pour lespace ou la déléguer à un
commandant délément.8 La publication contient une liste générale des
responsabilités de lautorité pour lespace telles que la coordination des
opérations spatiales, lintégration des moyens spatiaux et la responsabilité
principale de la planification des opérations spatiales interarmées sur le théâtre
dopérations.9
Pendant
lopération Iraqi Freedom, le JFC
délégua lautorité de coordination pour lespace au commandant de
lélément aérien des forces combinées (Combined
Force Air Component Commander CFACC). Au cours de cette opération, comme lors
de lopération Enduring Freedom, un SSO
servit à létat-major spécial du commandant des forces aériennes (Commander, Air Force Forces COMAFFOR)/CFACC
comme assistant/conseiller pour les questions concernant lespace. Pendant
lopération Iraqi Freedom, cet officier
assista le CFACC dans sa tâche dautorité de coordination pour lespace et,
bien que conforme à la position indiquée dans la doctrine de lU.S. Air Force, lexécution de cette tâche
posa certains problèmes.
Deux
causes principales contribuèrent à cette situation. La première résulta de la
décision de dernière minute, prise deux jours seulement avant le début des hostilités,
de déléguer lautorité de coordination pour lespace au JFACC.10
Cet organigramme, qui différait de celui défini avant le conflit, obligea à apporter
des changements de dernière minute aux plans et procédures de coordination. La deuxième
cause résulta de labsence dans la doctrine interarmées de détails qui
identifieraient les responsabilités exactes de lautorité de coordination pour
lespace et dune absence similaire dans la doctrine de lU.S. Air Force de détails sur les rôles et
responsabilités du SSO.11
A
la suite des difficultés rencontrées lors de lopération Iraqi Freedom, le commandement spatial du quartier
général de lU.S. Air Force (Headquarters Air Force Space Command) et le
centre doctrinal de lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Center) reçurent lordre
de développer le concept de SSO et de présenter leur proposition lors de la réunion
doctrinale au sommet IV de lU.S. Air Force
(Air Force Doctrine Summit IV) en novembre 2003.
Le concept proposé affina les rôles et responsabilités du SSO dans les situations dans
lesquelles le JFC conserve lautorité de coordination pour lespace ou la
délègue au JFACC ou à un autre élément. A la suite de la présentation du concept de
SSO, et bien que celle-ci ait eu lieu lors de la réunion doctrinale au sommet, le
commandement spatial du quartier général de lU.S.
Air Force (Headquarters Air Force Space
Command) fut chargé de développer et de former une « équipe rouge » pour explorer
un autre concept possible, celui de directeur des forces spatiales (Director of Space Forces DIRSPACEFOR), et le
présenter à loccasion de Corona South en février 2004.
Les
membres de léquipe rouge qui représentaient le Headquarters Air Force Space Command, le
commandement de mobilité aérienne (Air Mobility
Command), le directeur des opérations spatiales et de lintégration de lU.S. Air Force (Air Force Director of Space Operations and Integration),
la quatorzième Air Force, le groupe de
formation et dintégration commandement et contrôle de l U.S. Air Force (Air Force Command and Control
Training and Integration Group), le centre de guerre spatiale (Space Warfare Center) et le centre doctrinal de
lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Center) se réunirent au début
de janvier 2004. Le concept de DIRSPACEFOR proposé, qui consiste en une unité de cinq
personnes rattachée à létat-major spécial du COMAFFOR, facilite
lexécution de la mission dautorité de coordination pour lespace pour
le compte du JFACC ou coordonne les besoins en moyens spatiaux de lU.S. Air Force sur le théâtre dopérations
avec lautorité de coordination pour lespace désigné. Le personnel
-familiarisé avec le rôle du directeur des opérations de mobilité aérienne auront une
notion relativement précise du type et de lampleur des responsabilités du
DIRSPACEFOR. Toutefois, bien que le directeur des opérations de mobilité aérienne ait
toute autorité pour diriger la division de mobilité aérienne de lAOC, le
DIRSPACEFOR na pas de division spatiale correspondante à diriger au sein de
lAOC. Le DIRSPACEFOR nest par conséquent directeur que de nom, dans la mesure
où il agit simplement pour le compte du COMAFFOR/JFACC.
Les
participants à Corona South 2004 ayant décidé de faire avancer le concept de
DIRSPACEFOR, AFDD 2-2.1 décrit maintenant en détail les rôles et les responsabilités
du DIRSPACEFOR et de lautorité de coordination pour lespace; lAFDD 2-2
et le JP 3-14 ont fait de même. Cette mise à jour est essentielle pour garantir que nous
emploierons nos moyens spatiaux et établirons des rapports C2 aussi
efficacement et intelligemment que possible afin de répondre aux besoins de nos
guerriers.
Doctrine
dopérations anti-espace.
Lemploi par lIrak du brouillage de GPS lors de lopération Iraqi Freedom a fait ressortir le besoin de prendre
les opérations anti-espace très au sérieux. Même si les efforts irakiens se sont
révélés militairement inefficacescontrecarrés par des munitions guidées par GPS
ils montrent que nos adversaires sont conscients de la dépendance des États-Unis
à légard de lespace et quils sefforceront de nous empêcher
dexploiter lavantage asymétrique que nous donnent nos moyens spatiaux. Nous
avons manifestement besoin dune doctrine détaillée dopérations anti-espace
pour garantir que les planificateurs des campagnes prendrons de telles opérations en
considération et que nous les exécuterons correctement pendant le combat.
La
doctrine anti-espace existante de lU.S. Air
Force nest pas adaptée à la tâche qui nous attend; elle consiste uniquement
en descriptions dune page que lon trouve dans lAFDD 1, Air Force
Basic Doctrine (Doctrine de base de lU.S.
Air Force) et lAFDD 2-2. Le premier de ces documents définit les
opérations anti-espace comme « les opérations cinétiques et non cinétiques
exécutées pour atteindre et maintenir un degré souhaitable de supériorité spatiale
grâce à la destruction, à la dégradation ou à la perturbation du potentiel spatial de
lennemi. »12 Ces opérations ont des aspects aussi bien offensifs que
défensifs.
Les
opérations offensives anti-espace (Offensive
Counterspace OCS) contestent, dégradent, perturbent, détruisent ou trompent (deny, degrade, disturb, destroy and deceive, « les
cinq D ») le potentiel spatial de ladversaire.13 Lexamen plus
détaillé des OCS qui figure dans lAFDD 2-2 semble contredire celui que lon
trouve dans lAFDD 1 à au moins un égard. Comme le souligne le commandant John
Grenier, lAFDD 1 traite les cinq D comme des actions, alors que lAFDD 2-2 les
décrit comme étant des méthodes.14 La révision de lAFDD 2-2 a
éliminé ce problème, en mettant laccent sur les actions, comme le fait
lAFDD 1.
Daprès
lAFDD 1, les opérations défensives anti-espace (DCS) permettent de préserver le
potentiel spatial, de résister à lattaque ennemie, de restaurer/retrouver un
potentiel spatial après une attaque et de reconstituer les forces spatiales.15
LAFDD 2-2 ajoute un examen des défenses actives et passives, et accorde un seul
paragraphe à lintroduction à la connaissance de la situation dans lespace.16
Une telle connaissance ne fait techniquement pas partie des opérations anti-espace mais
ces opérations et les autres actions spatiales sappuient sur elle.17
Le
besoin dune doctrine détaillée indépendante dopérations anti-espace pour
lU.S. Air Force fut officiellement reconnu lorsque le groupe de travail doctrinal de
lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Working Group) décida à
lunanimité en avril 2002 dapprouver le développement de lAFDD 2-2.1, Counterspace
Operations (Opérations anti-espace).18
LAFDD
2-2.1 se compose de six chapitres. Le premier donne un aperçu général des opérations
anti-espace, des menaces auxquelles sont confrontés les systèmes spatiaux et des
considérations de politique spatiale; il présente également un examen des liens entre
les opérations anti-espace de lU.S. Air Force et le champ de la mission de
contrôle de lespace. Ce chapitre offre à lui seul une meilleure idée des
opérations anti-espace que les références à celles-ci que lon trouve dans les
AFDD 1 et AFDD 2-2. Le deuxième chapitre est consacré à lexamen de la composante
C2 des opérations anti-espace; il donne dimportants détails sur les
rapports de commandement, les rôles et responsabilités, ainsi que le C2 des
opérations anti-espace à léchelle du théâtre et à celle de la planète. Les
nouveaux rapports de commandement, et rôles/responsabilités résultant de la mise en
place du nouveau USSTRATCOM, -ainsi que les enseignements tirés des opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom y sont incorporés. Le troisième
chapitre présente un examen détaillé des tâches et éléments constituant la
connaissance de la situation dans lespace qui, comme nous lavons noté plus
haut, ne fait pas exclusivement partie des opérations anti-espace mais joue un rôle
fondamental pour les rendre possibles. Le quatrième chapitre élargit grandement le
concept de DCS qui apparaît dans lAFDD 2-2 en le présentant en termes de
dissuasion, de défense et de rétablissement. Le cinquième chapitre traite des OCS,
présente les cinq D (comme des actions, pas des méthodes), examine les objectifs des OCS
(nuds et liaisons) et énumère les forces pouvant participer aux opérations OCS.
Le dernier chapitre donne des directives détaillées de planification et
dexécution des opérations anti-espace. LAFDD 2-2.1 représente le guide dont
nous avons besoin pour assurer lefficacité de la contribution des opérations
anti-espace à la réalisation des objectifs des campagnes menées lors des conflits
futures.
Candidats
à la nouvelle
doctrine dopérations
spatiales de lU.S. Air Force
LAFDD
2-2 est léquivalent pour lespace de lAFDD 2-1, Air Warfare (Guerre aérienne). La publication de
lAFDD 2-2.1 met à notre disposition un seul document doctrinal subordonné à
lAFDD 2-2 à la différence des neuf documents de ce type vis-à-vis de lAFDD
2-1. Compte tenu de la prolifération des doctrines aériennes, doit-on sattendre à
une prolifération similaire des doctrines spatiales ? Il convient dexaminer les
possibilités dapparition dune nouvelle doctrine spatiale au niveau
opérationnel de lU.S. Air Force, en
noubliant pas que la doctrine de lU.S.
Air Force met laccent sur leffet souhaité plutôt que sur la plateforme
qui crée leffet ou la position de lobjectif.
Certains
officiers estiment par exemple quune défense spatiale anti-missile devrait faire
partie des opérations anti-espace. Examinons toutefois lhypothèse du lancement
contre un objectif situé sur le territoire des États-Unis dun missile balistique
intercontinental (ICBM) qui est intercepté par un système spatial pendant la phase
spatiale de sa trajectoire. Une telle circonstance relève sûrement du domaine des
opérations anti-espace, nest-ce pas ? Eh bien, cest faux. Ladversaire a
lancé le missile contre un objectif terrestrela défense des objectifs terrestres
contre les attaques davions ou de missile constitue une défense antiaérienne. Si
nous modifions légèrement le scénario pour faire du missile une arme anti satellite à
ascension directe, nous avons alors affaire à un cas de DCS.
La
plupart des AFDD sont associés aux 17 fonctions de lU.S. Air Force identifiées dans lAFDD 1.19
En fait, aucun document doctrinal ne correspond à deux de ces fonctions
seulementmise sur orbite dastronefs et navigation-positionnement ce qui
fait de celles-ci des candidates pour de nouveaux AFDD. La navigation et le
positionnement, bien quétant des fonctions principalement liées à lespace
sous la forme du GPS, ne sont pas assurés exclusivement par des systèmes spatiaux. En
outre, leffet produit renforce principalement les opérations terrestres. Si nous
développons un jour une doctrine de navigation et de positionnement, elle deviendrait
probablement un document subordonné à lAFDD 2-1. Les tactiques, techniques et
procédures propres à lespace devraient être incorporées à la doctrine spatiale
tactique qui se trouve dans les tactiques, techniques et procédures de lU.S. Air Force (Air Force Tactics, Techniques, and Procedures
AFTTP) 3-1, volume 28, Tactical Employment, Space (Emploi tactique, espace).
Les
sous-éléments des quatre champs de missions spatiales représentent une autre source
possible pour une nouvelle doctrine dopérations spatiales. On trouve ces champs de
missions dans le JP 3-14 mais pas dans la doctrine spatiale de lU.S. Air Force.20 Le champ de la mission
de contrôle de lespace, ainsi que les éléments de surveillance, de prévention,
de protection et dinterdiction qui lui sont subordonnés, sont couverts dune
façon adéquate par la publication consacrée à la doctrine anti-espace. Quant au champs
de la mission dapplication des forces spatiales, les documents existants incluent
les deux éléments subordonnés défense antimissile et attaque dobjectifs
terrestres. La défense antimissile fait partie intégrante de la défense antiaérienne
et lattaque dobjectifs terrestres se rattacherait à lattaque
stratégique ou à la contre-frappe terrestre/aérienne/navale, suivant lobjectif.
Le champ de la mission de renforcement des forces spatiales a cinq éléments qui lui sont
subordonnés : évaluation dalerte et dattaque tactiques intégrées;
communications; ISR; monitorage du milieu et positionnement-navigation-minutage. Ces
éléments ne sont probablement pas des candidats pour la nouvelle doctrine spatiale dans
la mesure où (1) aucun nest exclusivement lié à lespace ni ne donne
naissance à des actions principalement spatiales et (2) plusieurs sont associés à des
publications doctrinales existantes de lU.S.
Air Force. Les tactiques, techniques et procédures propres à lespace
applicables devraient néanmoins être incorporées à lAFTTP 3-1, volume 28. Le
champ de la mission de soutien spatial contient toutefois les éléments subordonnés de
mise sur orbite dastronefs et dopérations satellitaires, qui sont tous deux
des candidats potentiels pour de futurs documents doctrinaux indépendants.
Le
centre doctrinal de lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Center) applique trois critères
de jugement des propositions de nouvelles doctrines : applicabilité, caractère
distinctif et suffisance.21 Pour ce qui est de lapplicabilité, le centre
détermine si la proposition sapplique au niveau opérationnel de la guerre et si le
bien-fondé du besoin de nouvelle doctrine a été prouvé. Il examine ensuite la
proposition pour voir si son caractère est suffisamment distinctif pour justifier un
document indépendant. Pour terminer, le centre juge la proposition pour sassurer
quil existe suffisamment de données pour développer un document indépendant. Il
est instructif dexaminer comment les deux candidats possibles se comporteraient
lorsque confrontés aux critères du centre doctrinal de lU.S. Air Force.
La
mise sur orbite dastronefs est dune importance fondamentale pour les
opérations spatiales. Toutefois, le lien étroit entre les moyens actuels de mise sur
orbite daéronefs et lacquisition, ainsi que le fait quelle soit
tributaire dune programmation rendent douteuse lapplicabilité de la mise sur
orbite dastronefs à une doctrine au niveau opérationnel. Elle représente sans
aucun doute un potentiel dont le caractère distinctif rend sa combinaison avec les
opérations de mobilité aérienne très difficile. Compte tenu de la nature des
opérations actuelles de mise sur orbite dastronefs, la disponibilité de données
suffisantes risque également de poser un problème. Globalement, la mise sur orbite
dastronefs na probablement pas atteint une maturité suffisante pour justifier
un document doctrinal indépendant. Cette évaluation pourrait certainement changer dans
lavenir lorsque des moyens de mise sur orbite dastronefs répondant aux
contraintes opérationnelles sont mis en service et que le lancement à la demande devient
réalité.
Les
opérations satellitaires contrôlent et surveillent les satellites en orbite. De même
que la mise sur orbite dastronefs, les opérations satellitaires peuvent dans leur
état actuel ne pas satisfaire le critère dapplicabilité. Dans la mesure où nos
satellites ne sont relativement pas manuvrables, la plupart des opérations
satellitaires concernent le monitorage détat et les mises à jour. Ces opérations
ont un caractère distinctif, mais les données disponibles au niveau opérationnel
risquent dêtre insuffisantes. Cette situation pourrait changer radicalement dans
lavenir lorsque des satellites, microsatellites et peut-être des plateformes
spatiales armées répondant aux contraintes opérationnelles entrent en service dans
lU.S. Air Force.
Si
on se base sur le raisonnement qui précède, lajout au document sur les opérations
anti-espace en cours de développement dune doctrine dopérations spatiales
indépendante risque dattendre 10 à 15 ans. Dans lintervalle, les forces
armées américaines doivent sassurer que la doctrine spatiale en vigueur est le
meilleur guide possible pour le guerrier et permet lincorporation correcte des
moyens spatiaux à la doctrine interarmées ou à celle de lU.S. Air Force suivant le cas.
Conclusion
Après
avoir une base de définition de ce qui constitue une doctrine, par opposition à une
politique et à une stratégie, et exploré le contenu et la portée de la doctrine
dopérations spatiales en vigueur, cet article examina lavenir de cette
doctrine. Comme indiqué précédemment, 2004 a été une année exceptionnelle pour la
doctrine dopérations spatiales , en outre, la mise en place du nouveau USSTRATCOM
et lexpérience que nous avons acquise à loccasion des opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom ont largement justifié la mise à
jour et lélargissement de cette doctrine. Dautre part, même si des doctrines
propres à la mise sur orbite dastronefs et aux opérations satellitaires
napparaîtront probablement pas dans un avenir proche, leur heure viendra. La
croissance de notre doctrine dopérations spatiales reflète le rôle de plus en
plus important de lespace dans les opérations militaires américaines.
Lavenir des opérations et de leur doctrine nest limité que par notre
imagination.
Notes
1.
Air Force Doctrine Document (AFDD) 2-2, Space Operations (Opérations spatiales),
27 novembre 2001, https://www.doctrine.af. mil/Main.asp.
2.
Joint Publication (JP) 3-14, Joint Doctrine for Space Operations (Doctrine interarmées des opérations spatiales),
9 août 2002, http://www.dtic.mil/doctrine/jel/new_pubs/jp3_14.pdf.
3.
Briefing, Headquarters Air Force Space Command
(AFSPC) et Air Force Doctrine Center (AFDC),
sujet : Air Force Doctrine Summit IV (Réunion
doctrinale au sommet IV de lU.S. Air Force),
novembre 2003.
4.
Minutes des réunions du groupe de travail doctrinal de lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Working Group) au printemps
2002, 23 avril 2002, https://www.doctrine.af.mil/Events/AFDWG/April2002.
5.
Perspectives glanées à loccasion des nombreux entretiens/discussions de
lauteur avec des participants à lopération Enduring Freedom lorsquil était affecté à
lAFSPC/XPXS (branche politique, stratégie et doctrine), au quartier général.
6.
AFDD 2-2, Space Operations, 23.
7.
JP 3-14, Joint Doctrine for Space Operations, III-1.
8.
Ibid.
9.
Ibid., III-3.
10.
Perspectives glanées à loccasion des nombreux entretiens/discussions de
lauteur avec des participants à lopération Iraqi Freedom lorsquil était affecté à
lAFSPC/XPXS, au quartier général.
11.
Briefing, AFSPC et AFDC, quartier général.
12.
AFDD 1, Air Force Basic Doctrine (Doctrine
de base de lU.S. Air Force), 17 novembre 2003, 52.
13.
Ibid., 53.
14.
Commandant John Grenier, « A New Construct for Air
Force Counterspace Doctrine » (Un nouveau concept pour la doctrine anti-espace de
lU.S. Air Force), Air and Space Power
Journal 16, n° 3 (automne 2002): 1718,
http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/apj/apj02/fal02/fall02.pdf.
15.
AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, 53.
16.
AFDD 2-2, Space Operations, 10.
17.
Ibid.
18.
Minutes des réunions du groupe de travail doctrinal de lU.S. Air Force (Air Force Doctrine Working Group) au printemps
2002.
19.
AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, 4970.
20.
JP 3-14, Joint Doctrine for Space Operations, IV-5 à IV-10.
21.
Air Force Doctrine Working Group Charter (Charte
du groupe de travail doctrinal de lU.S. Air
Force), 4 mars 1999, https://www.doctrine.af.mil/Events/ AFDWG/Charter.asp.
Le
commandant Todd C. Shull (BA, Colorado State University ; MS, University of North
Dakota) est le chef de la section de politique et de stratégie, commandement spatial au
quartier général de lU.S. Air Force (Headquarters Air Force Space Command
AFSPC), Peterson AFB, Colorado. Il servit précédemment comme chef de la section
doctrinale, Headquarters AFSPC ; commandant en second de la 30ème escadre
spatiale et officier chargé des plans dopération de situation pour le 30ème
escadron de soutien des opérations, Vandenberg AFB, Californie ; directeur des tests
dalerte aux missiles pour le 721ème groupe de soutien, Cheyenne Mountain
Air Force Station, Colorado et chef de léquipe dinstructeurs ICBM du 446ème
escadron de missiles, Grand Forks AFB, Dakota du Nord. Le commandant Shull est diplômé
de la Squadron Officer School.
Vous
pouvez aussi lire larticle dans la revue Air
& Space Power Journal
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