| La
chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre froide ont inauguré une ère nouvelle
porteuse de nouveaux risques. Les attentats du 11 septembre 2001, et la guerre contre le
terrorisme qui les a suivis, ont eu des implications considérables sur la sécurité aux
États-Unis : la sécurité a été érigée en préoccupation principale.
Lémergence
de menaces diversifiées : terrorisme, prolifération nucléaire, radioactive et chimique,
trafic de drogue et grande criminalité, confère à ce sujet une importance accrue. La
protection des personnes, des institutions et du territoire devient une exigence
permanente. Il sagit dêtre capable, à tout moment, de prévenir et de
confronter toute menace ou agression contre le territoire et ses populations, et
dêtre en mesure de réagir le plus rapidement possible, avec les moyens
appropriés, afin de limiter les conséquences dune attaque asymétrique.
Notre
conception de la sécurité nationale et internationale a été profondément modifiée;
les notions de sécurité, de droits de lhomme, de défense, de prospérité
économique... sont devenues indissociables. La stratégie de sécurité nationale des
États-Unis sélabore autour des composantes suivantes : défendre la dignité
humaine, consolider les alliances pour éradiquer le terrorisme international et
prévenir les attentats, aider à désamorcer les conflits régionaux,
prévenir les attaques par arme de destruction massive, stimuler la croissance
économique mondiale, faciliter linstauration de la démocratie, préparer
des plans daction coopérative et transformer les agences de sécurité.
Le
développement du terrorisme en une forme de guerre a contribué à un effacement de la
limite entre sécurité intérieure et extérieure; la distinction entre les deux
sestompe. Les attentats du 11 septembre ont ouvert la voie à des conflits dun
type nouveau, sans champ de bataille et sans armée clairement identifiée, où
ladversaire, prêt à utiliser des armes de destruction massive, vise clairement les
populations. Lenvironnement sécuritaire se caractérise alors par la fragmentation;
le danger majeur viendra plutôt de terroristes, de clans armés, de mafias, de cartels,
dextrémistes, de criminels ne respectant aucune contrainte et dont la rationalité
ne sera pas la nôtre. La guerre se caractérisera, dans ces conditions, par la
non-linéarité, par la stratégie du chaos (V.P.H. Liotta, Chaos as a Strategy,
Parameters, Summer 2002) et par lindétermination. Le champ conflictuel
deviendra donc plus complexe, plus diffus et plus difficile à mettre en carte que par le
passé.
La
lutte contre ces menaces asymétriques devient le cur de la réorientation
stratégique des forces armées américaines dans un nouvel environnement globalisé et
interconnecté. Face à des menaces moins prévisibles, les États-Unis modifient leurs
choix stratégiques : Ils accélèrent la transformation de leurs forces; ils complètent
leur arsenal de défense par un ensemble de moyens défensifs (antimissiles) et offensifs,
conventionnels et nucléaires; ils mettent en place une large gamme de capacités
rapidement projetables; ils développent des moyens daccéder au théâtre en toutes
circonstances; et ils sassurent une maîtrise totale de linformation depuis
leur territoire national, notamment avec lappui de leurs réseaux spatiaux. Un des
éléments essentiels de cette nouvelle donne américaine réside dans la volonté de
disposer de moyens dagir seuls, le cas échéant, sans contraintes liées à des
alliances ou des engagements multilatéraux. Cette stratégie nexclut cependant pas
des actions decoalition. A cette ambition mondiale répond un renforcement massif de
leffort de défense qui bénécie principalement à la recherche et au
développement de nouveaux systèmes de défense.
Ceci
détermine la stratégie de lUSAF - « United States Air Force » (armée de
lair des États-Unis); une capacité stratégique qui est utilisée conjointement
et en synergieavec les autres Armes. Lobjectif majeur des forces aérienne et
spatiale est de poursuivre ladaptation de leur force high-tech au combat dans
des zones grises. Lémergence et le développement de menaces diverses et
disperséesdonnent à cette fonction stratégique une dimension nouvelle et amplifient le
besoin de coordination interarméeset internationale. En plus de sa fonction première qui
comprend en particulier la protection des espaces terrestres, maritimes et aériens
impliquant une action permanente, il est important pour lUSAF de se focaliser
sur la façon de traiter des puissances plus faibles, combattant de façon non orthodoxe.
Dune
manière générale, les forces aérienne et spatiale des États-Unis doivent être
équipées, organisées et entraînées afin détablir leur supériorité
opérationnelle face à tout type de menace, notamment une menace asymétrique. Une
nouvelle grille danalyse de la violence et de la sécurité savère donc
nécessaire. Le rôle de lUSAF dans la guerre contre le terrorisme et la
guérilla sera le thème de la Revue aérienne et spatiale, en français, du printemps
2006.
Pour
terminer, je réitère linvitation du général Lorenz et du lieutenant colonel Berg
à nous joindre pour faire de cette revue une tribune où, les aviateurs en particulier,
et les militaires (et anciens militaires) en général, pourront exprimer des idées ou
des concepts originaux, envisager de nouvelles approches des problèmes ou des
interprétations novatrices.
Il
existe un vaste éventail didées importantes et pertinentes qui doivent faire
lobjet dun examen approfondi, je dirais même dun débat énergique, à
un moment où la profession militaire subit des changements considérables quant à sa
perspective, son équipement, sa structure, quant aux méthodes qui seront probablement
employées pour mener les opérations futures. Je souhaite donc que les échanges qui
seront la substance de cette revue soient francs et ouverts.
Vous pouvez aussi lire
cet article dans la revue Air
& Space Power Journal
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