| Lattaque
terroriste du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis et la guerre en Irak ont ravivé
lintérêt pour le phénomène de linsurrection et de la contre-insurrection
(COIN). Les récentes publications de larmée de lair des Etats-Unis AFDD 2-3
Irregular Warfare et AFDD 2-3.1 Foreign Internal Defense, ainsi que
celle de larmée de terre, en collaboration avec le Corps des Marines, FM 3-24
U.S. Army Field Manual et MCWP 3-33-5 Marine Corps
Warfighting Publication, intituléCounterinsurgency
(contre-insurrection) démontrent amplement limportance de la contre-insurrection
pour la conduite des combats contre des forces irrégulières. Le nombre impressionnant
douvrages consacrés à ce sujet, labondance de nouvelles études sur
danciennes guérillas, ainsi que lexpérience de ceux qui, dans le passé, ont
mené des opérations dinsurrection (très peu) et de contre-insurrection (plus
nombreux) nous permettent de tirer des leçons pour mieux appréhender lasymétrie
et les conflits à venir. Au-delà des différences apparentes, les insurrections sont
similaires. Linsurgé daujourdhui présente à lévidence un
certain nombre de nouvelles caractéristiques, mais il ressemble beaucoup aux insurgés du
siècle dernier.
Lintérêt
pour ce phénomène de linsurrection se résume à cette question: Une armée
professionnelle peut-elle battre une insurrection sappuyant sur le peuple du pays où
se déroule linsurrection?
Si
Mao Tsé-toung a effectivement développé une doctrine cohérente de linsurrection,
la pratique de lasymétrie a une histoire millénaire. Les insurrections sont des
mouvements politiques dynamiques qui résultent de griefs réels ou perçus, ou de
linjustice, qui mènent à laliénation dun gouvernement établi.
Linsurrection nest pas une fragile organisation hiérarchique, mais plutôt un
réseau résilient, constitué de petits groupes autonomes. Cela signifie que
linsurrection est virtuellement immunisée contre lattrition et la
décapitation. Elle se combine et se recombine pour former un réseau viable malgré un
taux de pertes très élevé. Les décomptes des corps ne donnent pas de bonnes
prévisions de succès. Les insurgés nont pas besoin de vaincre militairement leurs
opposants; ils doivent simplement survivre et éviter de perdre.
Généralement,
les griefs populaires deviennent les prétextes pour une insurrection lorsquils sont
interprétés et façonnés par les leaders dinsurrection, et celle-ci croît si le
leadership peut établir un lien entre le mouvement dinsurrection et le désir de
trouver des solutions aux revendications de la population locale. Il sagit donc de
conflits qui se développent au milieu de la population civile non combattante, avec une
présence de forces irrégulières, lesquelles, bien quextrêmement hétérogènes
dans leurs capacités, recourent toutes à des idées-force telles que justice, liberté,
indépendance
et mènent leurs actions dans un contexte expressément
révolutionnaire, dont le grand objectif est un changement radical de la situation
présente par lemploi de la subversion et de la lutte armée. Linsurrection
nest quasiment jamais à même de pouvoir gagner une guerre à elle seule. Elle est
une stratégie opérative relativement efficace, mais elle ne lest quen appui
dopérations politiques, seules à même dobtenir une réelle décision. Elle
est aussi une stratégie dattente visant la lassitude morale et politique de
ladversaire, lorsque le rapport des forces est trop défavorable, mais toujours sous
forme dactions de soutien aux actions politiques.
Ce
qui fait la force dune insurrection est labsence de centres de gravité tels
quils sont enseignés dans les écoles militaires et sur lesquels sont bâties les
stratégies de guerres conventionnelles. Linsurrection a faussé le jeu. Ce que Carl
von Clausewitz appelait le « centre de gravité » de la guerre est passé de la force
des armes au cur et à lesprit des citoyens. La volonté de la population
quelle soit active ou passive est le centre de gravité stratégique
dune insurrection. La volonté de linsurgé de continuer à combattre est son
centre de gravité opérationnel, et la multitude de cellules de base dune
organisation clandestine sont les centres de gravité tactiques.
Cette
donnée irrégulière est combattue en déterminant les points vulnérables décisifs dont
lissue positive constitue le préalable à la défaite ou à la neutralisation des
centres de gravité de linsurrection. Ces centres de gravité tendent à être
imbriqués, ce qui signifie que lélimination du centre de gravité stratégique
peut contribuer à la chute des autres. Pour mener à bien ces activités, les forces COIN
doivent poursuivre simultanément deux objectifs distincts: neutraliser les insurgés tout
en gagnant ladhésion de la population. Elles doivent surtout éviter
lutilisation dune force excessive ou discriminatoire qui ne peut
qualiéner la population, donc accroître leur soutien aux forces
dinsurrection. Atteindre léquilibre approprié demande une compréhension
approfondie de la nature et des causes de linsurrection, de comprendre le combat des
insurgés et les aspirations de la population, et de tenter de « gagner les curs
», ou tout au moins de ne pas trop se les aliéner, et de combattre une idée avec une
autre idée et non avec la puissance de feu.
Il
nexiste donc aucun véritable champ de bataille purement militaire dans un contexte
de contre-insurrection. Il est antinomique de dire quune guerre
contre-insurrectionnelle « a été gagnée militairement, mais perdue politiquement ».
Laxiome de Clausewitz, « La guerre est la continuation de la politique par
dautres moyens », résume parfaitement ce que doit être la doctrine de guerre
COIN. Cest pour avoir engagé les insurrections en termes purement militaires que
les pays confrontés à ce genre de conflits ont perdu la plupart des guerres
asymétriques. La solution dun conflit insurrectionnel passe nécessairement par un
effort pensé dans ses dimensions sociales et économiques et doit être inséré dans le
cadre dune manuvre diplomatique plaçant au premier rang le règlement
politique de la situation. Le seul palliatif crédible à linsurrection est un
projet politique plus légitime, crédible et fonctionnel. Vouloir une victoire
strictement militaire est une illusion dangereuse et relève de lacculturation et
dune naïveté stratégique.
La
stratégie dune COIN efficace ne doit pas seulement chercher lélimination
physique de lennemi mais plutôt sa déligitimisation. De plus, comme la victoire
nest conçue quen termes davancées politiques, les indicateurs
traditionnels de mesure des batailles (nombre de morts, espace occupé...) sont
obsolètes. Lindicateur le plus significatif pour mesurer le progrès COIN est celui
de lopinion publique pour laquelle on se bat. Plus que gagner la guerre, ce qui est
fondamental dans une guerre COIN, cest de gagner la paix et de substituer à la
force comme moyen principal, une vision de guerre intégrale qui revalorise les plans
politico-idéologiques, socio-économiques et militaires, et les conduire en même temps.
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